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Considérations préliminaires.



Etudier et vouloir comprendre le pourquoi des rêves présente-t-il un intérêt ? Où pourrait s'en situer l'enjeu ? Qu'est-ce que cette étude aurait à nous faire connaître ?

Sur un plan le plus large possible l'on est amené à admettre que dans la nature rien n'est fortuit, rien n'est gratuit, rêves y compris, en ce cas ils ne sauraient en être arbitrairement exclus. Ce qui paraît incongru aujourd'hui trouvera sa justification demain lorsque l'on en aura percé le mystère, cela dépend essentiellement de l'intérêt que l'on porte à cette chose. Henri Poincaré nous dit : "On résout les problèmes qu'on se pose et non les problèmes qui se posent".
Comme il m'apparaît que les scientifiques, ne se souciant guère des rêves, ne nous apportent que très peu d'éléments pertinents et encore moins probants, il convient que nous nous posions des questions par nous-mêmes. Il nous suffira d'être logique, en prenant garde toutefois à ne pas verser dans l'illusion qui peut tout à fait prendre l'apparence de la logique et se fourvoyer.

  • Sur quel plan étudier le rêve ?
    Si l'on pense au cauchemar, sans présager de son contenu mais simplement en constatant l'impact qu'il représente, ne peut-on dire que ce cauchemar (en sera-t-il de même pour le rêve ?) touche à nos émotions ? Nous serions en ce cas en terrain compréhensible.
    Par ailleurs nous savons que certaines découvertes majeures (qui ont valu par exemple le prix Nobel à leurs auteurs) sont, et il n'est pas abusif de le dire, le fruit des rêves. Nous-mêmes avons parfois été subjugués par un rêve dont le contenu semblait, à tors ou à raison, d'une stupéfiante ingéniosité. Le rêve semble ainsi toucher à notre intelligence. Si ces deux piliers, émotion et intellect, existent dans les rêves comme dans notre quotidien, qu'est-ce qui nous empêcherait dès lors de l'étudier rationnellement ?
Qualité ne veut pas dire infaillibilité.

Il est impossible de se tromper dans la traduction d'un rêve, c'est pour cela que je parle plus volontiers de traduction que d'interprétation. Impossible de se tromper si l'on reste exigeant envers ce que l'on propose au rêveur. Nous avons à considérer deux sortes de rêves : les nôtres en propre et ceux qui peuvent éventuellement nous être soumis par le rêveur lui-même. Nous ne parlerons pas des rêves dont l'existence nous est électriquement signalée par un tracé d'encéphalographie reflétant une séquence de sommeil identifié en tant que sommeil paradoxal.

Il convient, sauf au titre de l'étude livresque, de ne pas s'accabler en la traduction de rêves relatés par écrit ; ceux-ci sont trop peu évocateurs du fait que tous les arrière-plans qui sont constitutifs du moindre des rêves en sont abolis. Or ces arrière-plans, ainsi que le rêveur vous éclaireront grandement, ainsi que nous le verrons. Pourtant je vois de ci de là, dans les forums de discussions sur Internet (il s'agit toujours de "forums" où l'on communique par écrit), des interprétations vagues ou bateau qui agréent aux rêveurs. Le traducteur se croira alors très avisé car apprécié ; qu'il ne se fasse cependant pas d'illusion sur ses capacités du fait de sa méconnaissance totale des rêves. Dans le rêve il y a toujours une part d'exigence et s'introniser interprète parce que l'on affirme à tous bouts de lignes à des gens dans l'attente et prêts à le gober : votre potentiel va éclore, une nouvelle vie se présente à vous, vous vous interrogez sur votre  . . . (peu importe votre quoi à vrai dire) n'est pas une attitude responsable. Si leur aval est acquis, il l'est parfois par rapport à leur désir, et qui n'en n'a pas, mais pas par rapport à l'exact message du rêve.

  • Pourtant j'affirme que l'on ne peut pas se tromper en traduisant un rêve, à condition de ne pas céder à cette démagogie qui ne rend pas du tout service au demandeur. En réalité en ne cédant pas à cette facilité "d'expert" qui croit qu'il n'y a aucun moyen de contrôle en face. Lorsqu'un rêve est correctement traduit, croyez bien qu'il n'y a pas beaucoup de commentaires de la part du rêveur qui met plutôt son mouchoir dessus, tant il s'aperçoit que son rêve lui a mis les points sur les i.
    Pour vos propres rêves il conviendra de retenir cette amicale exigence du rêve - excepté si vous vivez une affliction, ou si vous traversez une réelle épreuve - . Amicale à n'en pas douter, mais bien exigeante par rapport à la norme et à la morale, quoi qu'on en dise. Le rêve aimerait être si fier de son ami qu'il n'ait plus qu'à s'effacer devant lui, car en vérité on ne rêve que lorsqu'il y a tension. Cette tension est habituellement de notre fait et c'est cela qui chagrine le rêve, en ce sens,
    ne pas rêver c'est dormir du sommeil du juste.

 Le fait d'être capable de marcher, ou de conduire une automobile nous laisse oublier trop vite cette très longue période maladroite et laborieuse durant laquelle il nous a fallu patiemment tout assimiler. Pour la coordination de nos mouvements et la lecture des multiples indications tracées au sol, situées sur des panneaux divers, sur notre propre tableau de bord ou émises par les autres usagers nous avons tâtonné après quoi ces activités nous sont devenues spontanées. Ce fut pareil, et en vérité interminable, pour notre langue dite maternelle : interminable car il n'y a guère de butée dans l'excellence de sa pratique ; or désormais nous nous exprimons quotidiennement et avec aisance en prose. Si j'ose ce petit clin d'œil au "Bourgeois gentilhomme" qu'une telle banalité émerveillait également, c'est pour souligner que ce "naturel" met en réalité en œuvre une technique. Mais l'art n'est-il pas propre à escamoter la laborieuse technique pour n'en garder que la grâce ou la force de l'expression ? La linguistique étudie cette technique langagière si complexe que c'en est une branche d'étude fréquentée par des messieurs dames aux forts calibres intellectuels. Est-ce à dire que nous ne saurions pas nous exprimer ?

Nous constaterons que si accomplir Paris Colmar à la marche n'est que marcher, ce que tout le monde sait faire, si piloter une Formule 1 n'est que conduire, ce que presque tout le monde sait (saurait) faire, il existe cependant un niveau différent dans ces pratiques respectives. Ce niveau chacun s'y heurte tôt ou tard et il n'est pas utile de le hiérarchiser, il correspond à nos propres limites ; elles sont personnelles ou conjoncturelles pour ne pas dire socioculturelles. Nous y serons fatalement confrontés ici même lorsque nous aurons à traduire des rêves, jusqu'où aurons-nous cette grâce d'en repousser les limites ? Il est difficile d'en préjuger, mais surtout ne vous dédouanez pas trop commodément en incriminant les insuffisances de cet Ouvrage. Je peux vous préciser qu'au départ je mettais des matinées entières à comprendre des bribes de rêve, aidé en cela par un peu de marche qui me permettait, comme beaucoup d'autres l'ont constaté, de mettre mon esprit en action dans le bon sens. Et puis, allez savoir pourquoi cette cause m'a passionné d'emblée en comblant sur le tard une vacuité de mon esprit qui apparemment n'attendait qu'un déclic pour s'ébrouer ?

Permettez moi d'illustrer mon propos par ce que j'ai pu moi-même connaître de l'apprentissage des langues. Scolairement je fus, au bout du compte, un cancre. J'ai fréquenté une classe d'allemand ; du moins je me revois entre ces murs durant huit années avec d'autres camarades et un germanophile en face de nous. Rien du "boche" n'est entré dans ma caboche, rien ne risque d'en sortir un jour. Puis la langue anglaise s'est présentée durant trois années, avec un très faible prof pour les deux tiers de ce cursus, et bien je suis anglophile ! J'ai aussi connu fugacement de l'attrait pour d'autres langues, me suis procuré les dernières méthodes pour les apprendre sans peine. Peine perdue, livres et disques me tombaient des mains.
Quand au langage du rêve, lorsqu'il m'est arrivé, à ma grande surprise, de lire dans un volumineux ouvrage, quelques rares pages qui étaient consacrées à sa traduction, cela a réveillé en moi des ressources qui ne s'étaient jamais manifestées auparavant, pour quoi que ce soit.
Pour tout apprentissage, il y  a statistiquement un certain pourcentage de déchet, tâchez de garder foi en vous et en ce que je vais vous exposer afin de ne pas plomber prématurément les statistiques.

Prendre progressivement connaissance, sur une période de quelques jours, des principes exposés dans ce fascicule pourrait être judicieux pour leur assimilation . Sans garantie aucune quand au bénéfice escompté. Toutefois le rêve étant volontiers malicieux, il est possible qu'il mette en scène, à votre intention, au fil des nuits ce que vous aurez lu dans la journée précédente. Cela c'est produit pour moi sur une inoubliable période de quelques jours et je vous prie de croire que j'étais épaté de constater - après traduction - que le rêve fonctionnait comme dans le mode d'emploi que je lisais à l'époque (et que je renie désormais pour l'enflure de ses prétentions).



                            L'interprétation des rêves est avant tout une technique.

Disons le ou redisons le tout net :
le rêve est un langage. Un langage, s'il est constitué de mots, voit ceux-ci structurés en un ensemble cohérent ; de ce fait un dictionnaire est insuffisant à rendre compte d'un langage. Tout langage est le véhicule d'un contenu, mais en vérité d'un message. Ce message de par sa forme ou de par son fond peut-être coloré d'affectif.
Toute technique peut se confronter à un contrôle pour validation. Si un expert traduit un texte du français vers l'anglais, un autre expert peut accomplir l'opération de translation inverse en interprétant ce "nouveau" texte de l'anglais vers le français. Il sera facile à tous de voir si l'original s'en trouve altéré ou trahi. Pour le rêve sera-t-il possible de valider - et comment ? - la traduction proposée ? On pourrait aller plus loin encore : le texte initial de notre exemple peut-être traduit en cascade dans différentes langues avant de retrouver son état initial, pour le rêve combien de mutations peut-il subir ? Je vous répondrai tout de suite : une seule ;  à telle enseigne qu'il est très hasardeux techniquement de fabriquer un faux rêve .
Ce week-end je viens d'ailleurs d'assister à une conférence qui traitait du sommeil de l'enfant, l'intervenante y a été questionnée sur le rêve. Du fond de son ancrage psychanalytique elle nous a fabriqué un bel exemple bien net concordant point pour point avec son dogme. L'auditoire a fort apprécié cet exemple très expressif. Pourtant à bien y regarder il était aisé de voir que cette dame avait raconté une histoire très compréhensible et par voie de conséquence bien reçue, mais en aucun cas elle n'avait relaté un rêve. Pour autant que je sache un rêve reste abstrus. J'use spécialement de ce mot pour obliger certains à en chercher le sens dans un dictionnaire afin que l'on se rappelle bien qu'un rêve est abstrus.


L'interprétation des rêves requiert des qualités que l'on met en œuvre au quotidien.

Les rêves que nous aurons à comprendre n'émaneront que de cervelles ressemblant fort à la nôtre, elles se trouveront dans les boîtes crâniennes d'hominidés nous ressemblant également beaucoup plus que nous ne l'imaginons. Si a priori nous abordons des rivages d'apparence instable et offrant peu de repères, croyez bien que nous restons toujours en terrain connu et non pas en terre inconnue:. C'est ce type d'accointance qui permet à un nourrisson de trois semestres de rouler dans la farine des parents qu'il ne connaissait pas un an et demi auparavant et dont il ne parle toujours pas la langue. Michel de Montaigne l'exprimait plus élégamment en son : "Rien ne m'est étranger de l'humaine condition".

    ¤ L'on peut établir un parallèle avec la découverte d'une peuplade inconnue avec laquelle bientôt on communiquera. A l'origine de la rencontre nul ne parle la langue de l'autre et pourtant certains dans les deux groupes concernés se lèveront pour communiquer. Sur quelles bases ou références communes ? Ensuite l'on poursuivra jusqu'à ce que la langue soit codifiée et mise à la disposition de qui le souhaitera. Il est inévitable qu'au départ il y ait tâtonnements, hésitations et contre sens après quoi les éléments se stabilisent, se solidifient et seront rarement discutés. Nous aurons également à considérer que ces premiers "traducteurs" devront bénéficier d'un minimum de confiance pour que leurs propositions soient acceptées, chacun, à l'usage, pouvant en apprécier la pertinence.
Ce que je voudrais expliquer ainsi c'est que nous avons en nous une sensibilité, une réceptivité, capables d'une discrimination assez fine s'appuyant sur des détails et parfois sur l'indicible. Cette disposition est, il est vrai, variable selon les individus, selon l'intérêt qu'ils portent à leur entourage et s'affine davantage selon leur expérience de la vie. Selon son degré de mise en œuvre  dans la traduction des rêves cette réceptivité pourra s'apparenter à de la perspicacité allant jusqu'à confiner à de l'intuition. Cependant nous verrons que la partie technique de notre étude, qui ne peut initialement jaillir d'aucun chapeau pointu, ne peut être négligée en tant que point de départ, elle fait partie de votre apprentissage et de vos gammes. La virtuosité issue de la plus dominante intuition ne saurait s'en dispenser.


Sur le plan du volume de bagage intellectuel qui, croit-on, serait indispensable à tout bon traducteur vous n'aurez, sur la ligne de départ, à ne souffrir d'aucun complexe par rapport au plus éminent des psys qui, à mon sens, peut se trouver encombré par le sien s'il ne sait pas le reconsidérer.
Si certains prétendent affermir leurs théories oniriques au nom d'une culture universelle embrassant l'Antiquité afin d'en éclairer les rituels papous, rassurez-vous et souvenez vous que le plus gradé, compétent et diplômé des enquêteurs ne pourra que rester humble devant le flair du Rintintin de service. Le plus brillant, le plus éminent des professeurs d'art n'exposera peut-être jamais ses propres croûtes. Pour comprendre le rêve il ne s'agit pas d'avoir une tête immensément pleine de références culturelles, il s'agit simplement de relever des indices dans l'actualité que l'on vous soumettra. Si vous en avez la capacité, ne vous laissez pas humilier par la rhétorique du système actuel qui est illégitimement en place.