Le rêve est comme un rébus.
S'il nous est évident que nous communiquons avec notre entourage, c'est assez récemment que nous avons pris conscience qu'animaux, insectes et bactéries utilisent "un langage" et des vecteurs de communication qui leur sont propres.
Seule l'étude résolue de certains comportements "gratuits" tels la danse des abeilles a pu révéler que ceux-ci étaient porteurs de sens. Nous savons maintenant qu'une phéromone , représente une information, elle signifie, tout comme une parole : "Je suis comme ça, voila ce que je tenais à vous dire !". Je m'imagine cette phéromone suffisamment expressive pour lui accoler un point d'exclamation. Nous même sommes inconsciemment très sensibles aux phéromones.
Nous avons développé nos propres modes de communication et celle-ci est évolutive, culturelle en somme. Une personne âgée sera rebutée par un SMS ; notre communication est si ritualisée (formules de politesse . . . mouche ton nez, dis bonjour à la dame etc.) que lire un MEL en style SMS me froissera du fait de mes apprentissages, tandis qu'un plus jeune ou plus branché s'en délectera.
Un message vaut dans un contexte. Lorsque j'entends au loin, comme c'est courant chez nous, une détonation, selon que l'on soit en Octobre ou mi-juillet je me dirai : "Tiens les chasseurs ont repris du poil de la pauvre bête" ou alors "Ils vont encore me faire hurler quand ils auront saccagé ma boîte aux lettres, j'en aurai mal à la gorge et ce sera la prise de la pastille !". Ici le contexte nous est partagé et commun, parfois il est plus restreint et demande à être apprécié pour son impact. Le rêve nécessite usuellement d'être jaugé dans son contexte que le rêveur vous spécifiera toujours d'une façon ou d'une autre. Plus rarement ce sera à vous d'imaginer ce contexte et nous verrons comment.
Voici une traduction de rêve dont le contexte non précisé est déduit par supputation facilitée par l'expérience, il est posté sur Internet le 02 01 2006 :
--" Je me suis réveillé, et on m'a dit que j'avais dormi deux mois et demi (je pense que j'étais dans le coma) mais je ne me rappelais de rien du tout. J'étais incapable de dire ce qu'il s'était passé avant . . .
--" Un étudiant qui n'aurait rien glandé pendant le premier trimestre pourrait très bien faire ce genre de rêve ;-) répondis-je.
--" Bah le truc c'est que justement ça fait cinq mois que je ne fais plus rien, ni cours, ni travail . . . et ça m'angoisse un peu aussi je pense."
Rien de miraculeux dans cette traduction : une bonne dose d'expérience, l'utilisation de l'analogie et un soupçon de réussite car rien ne nous indiquait formellement à quoi s'appliquait ce rêve. On remarquera tous qu'il s'agit d'un réveil, de la fin d'une période entre parenthèses. J'avais déjà vu quelques années auparavant dans un autre rêve que le laisser aller pouvait se traduire sous forme de coma ; au passage ceci montre que nous fonctionnons sensiblement selon le même mode. Le contexte était soupçonnable de par ces " deux mois et demi", mention qui, si elle figurait là avait forcément une importance. Deux mois plus tôt, ceci nous renvoyait à la rentrée, d'où on pouvait s'interroger préférentiellement sur un étudiant libre de bosser ou non. Sa réponse nous renvoie aux derniers jours de ses études.
Le sens d'un message peut se perdre. Contrairement à l'époque du Moyen-âge où les gens étaient illettrés et où l'image, la représentation étaient plus aisément perçues, il faut désormais une certaine érudition pour comprendre ce que peuvent signifier tous les hauts reliefs aux tympans de nos cathédrales. Il est possible qu'au cours des siècles, de ci de là des individus aient été capables de traduire assez correctement les rêves (je ne parle pas des contre-exemples bibliques).
Le sens d'un message peut se retrouver. Jean-François Champollion grâce à la pierre de Rosette, une stèle gravée en deux langues et trois écritures, a pu déchiffrer les hiéroglyphes. Grâce à cette pierre de Rosette et grâce à ses qualités personnelles. Les hiéroglyphes nous fournissent un exemple probant d'illustrations ou d'images mystérieuses qui sont en fait une forme d'écriture pouvant se traduire en un message. Quelque chose de sensé qui est issu du cerveau de l'homme peut être compris par l'homme. Croyez bien que le rêve est très sensé, à tel point que l'on peut dire que l'on est plus intelligent lorsque l'on dort.
Tous nos organes des sens, y compris notre peau, nous fournissent des informations utiles sur le monde qui nous entoure. Certaines infos se limitent à des constats : la mer est bleue, d'autres déclenchent une réaction : le vent se lève, je rentre mes blancs moutons, d'autres amènent à vouloir apporter soi-même sa propre info ou réponse, selon le mode adapté ou qui s'offre à nous : il caille dans ce bâtiment, mettons nos vestes. Mais demain tous en grève sur le tas !
L'essentiel de nos informations passe ordinairement par le truchement de la vue et de l'ouïe. Nous écoutons des bulletins d'informations, nous regardons et écoutons l'actualité télévisée. La vue et l'ouïe/langage, en ce qui concerne nos relations sociales, sont les canaux privilégiés de notre communication. En nous dotant d'une langue la nature nous a doté d'un émetteur. Cet émetteur serait inutile si elle n'y avait adjoint un récepteur stéréophonique dont les gracieux éléments circonvolutionnés sont astucieusement placés symétriquement de chaque côté de notre tête. Ces récepteurs auriculaires peuvent accessoirement porter mégots et branches de lunettes ou de lauriers pour les vainqueurs. Pourtant le rêve s'il est avare de paroles reste riche en images. Chiche et riche, tel est-il. Comme le pois.
L'image, la représentation, que ce soit dans l'Egypte pharaonique au travers de ses hiéroglyphes, que ce soit par le biais des idéogrammes chinois, a incontestablement servi de point de départ à la formation de ces écritures. Ces écritures réduisant, condensant et symbolisant à l'extrême les modèles de départ.
Si l'écriture avec ses quelques variantes est souveraine, elle n'a pas pour autant occulté la force évocatrice de l'image. Du logo d'entreprise à l'étendard de la nation en passant par le carré d'herbe tendre appliqué sur mon frais laitage, tout un accompagnement, tout un soulignement en images.
Certaines de ces images sont évidentes d'emblée, d'autres doivent être enseignées pour être comprises. Lorsqu'un chien montre les crocs un jeune enfant en restera comme interdit, mais vous, vous comprenez aisément ses motivations à l'égard de vos abattis, tandis que certains nouveaux panneaux de signalisation routière vous laissent bien perplexe. Lors de ma première conférence sur le rêve je m'étais armé d'un tableau sur lequel j'avais tracé ceci, qui est une burette d'huile ; avec probablement moins de dextérité, mais tout de même ! Cette image devait prouver que nous comprenions tous qu'il s'agissait là d'un avertissement quand il apparaissait illuminé en rouge sur le tableau de bord de notre voiture (voiture qui nous personnifie, ou représente notre conduite). Je la testais sur mon épouse qui identifia une théière : ma démonstration s'annonçait bigrement probante !
Je me souviens pratiquement de mon premier rébus, en vérité je me souviens de cette révélation que des images pouvaient s'enchaîner pour délivrer un sens. Dans notre cour commune du trente neuf Rue de la République c'est le "grand" Alexandre prématurément disparu, qui nous l'avait soumis. Je ne savais pas alors que j'allais retrouver le même principe quarante quatre années plus tard lorsque je me hasarderai (à fond) à interpréter mon premier rêve.
Si ce fut une révélation, depuis je n'ai jamais éprouvé un grand intérêt pour les rébus et autres devinettes tandis que je ne me lasse pas de vouloir percer le sens des rêves.
En effet un rêve est essentiellement composé d'images qui se trouvent là parce qu'elles représentent quelque chose ou quelqu'un.
Certaines de ces images sont universelles - le chien représente habituellement la fidélité - d'autres sont plus personnelles . . . mais encore faut-il en retrouver le pourquoi de leur mention par le rêve. Ces images sont mises en situation, au sein d'une action bizarroïde par exemple, il sera alors plus compliqué de la reconnaître pour ce qu'elle vaut. Mais en réalité c'est comme pour le rébus, si l'on pouvait sauter directement à la dernière page de la revue ou du magazine, celle où sont révélées les solutions, on se dirait alors : "Bien sûr, que je suis bête ! C'est pourtant évident".